Le 2 février dernier, la SSR Valais a offert à la population valaisanne une soirée gratuite autour d’un film suisse qui parle de la seconde guerre mondiale, de la position de la Suisse et de sa « neutralité » dans cette dernière et de la situation des femmes de cette époque.
Nous avons pu assisté dans une salle assez remplie à l’avant-première du film À bras-le-corps en compagnie de l’équipe du tournage, comme la réalisatrice Marie-Elsa Sgualdo, la co-scènariste Nadine Lamari et de l’actrice principale Lila Gueneau.
Résumé et bande annonce d’À bras-le-corps
1943, Jura suisse. Emma, 15 ans, enceinte à la suite d’un viol, ne peut se résigner à abandonner ses rêves. Tandis qu’à la frontière la guerre fait rage, elle défie sa communauté pour se frayer un chemin vers la liberté.
Une neutralité qui dépasse la politique
Le film s’inscrit dans un contexte historique particulier. En 1943, la Suisse maintient sa neutralité face au conflit mondial qui ravage l’Europe. Cette position, souvent présentée comme un choix de prudence et de stabilité, constitue l’un des fils invisibles du récit.
Car la neutralité, dans À bras-le-corps, ne se limite pas à une posture diplomatique. Elle devient une attitude sociale : ne pas voir, ne pas intervenir, ne pas prendre position lorsque la situation dérange.
Autour d’Emma, chacun semble chercher à préserver l’équilibre existant plutôt qu’à affronter la réalité. Le silence, la distance et l’inaction deviennent des formes de protection collective, mais au prix de l’isolement de celle qui dérange.
Le film interroge ainsi, en creux, une question toujours actuelle : jusqu’où la neutralité protège-t-elle, et à partir de quand devient-elle une forme d’indifférence ?
Le poids du regard social
Plutôt que de se concentrer uniquement sur la violence initiale, À bras-le-corps explore ses conséquences sociales et psychologiques. Emma doit faire face aux regards, aux rumeurs, aux décisions prises sans elle, dans un environnement où son corps et son avenir semblent appartenir aux autres : à la famille, à l’Église, à la morale collective.
La grande force du film réside dans cette tension permanente entre ce que la société attend d’elle: discrétion, repentance, conformité. Et ce qu’elle ressent intérieurement. Car Emma n’est ni une figure héroïque ni une victime passive. Elle est une adolescente perdue, parfois en colère, souvent seule, mais déterminée à ne pas disparaître derrière le silence qu’on voudrait lui imposer.
Sa résistance est discrète, et elle constitue le véritable cœur du récit : refuser que d’autres décident de son destin.
Tout le long du film on la voit fermée, peu d’expressions de joie sur le visage, pour finir sur une scène de bonheur et de sourires, parce qu’Emma a choisi a son chemin.

Une histoire d’hier qui résonne aujourd’hui
En racontant cette trajectoire individuelle, Marie-Elsa Sgualdo dépasse le cadre historique. Le film fait écho à des questions contemporaines : la difficulté pour les victimes de violences sexuelles d’être entendues, le poids du regard social, ou encore cette tentation collective de détourner les yeux face à des situations inconfortables.
La neutralité évoquée dans le film trouve ainsi une résonance actuelle, dans une société où l’on hésite encore parfois à prendre position, à soutenir et à croire.
Questions de l’avant-première
Pour aller plus loin
(contenu que je trouve intéressant et pertinent)
- RTS, « A bras-le-corps », la difficile quête de liberté d’une jeune femme dans la Suisse de 1943
- À bras-le-corps (Silent Rebellion) : le film suisse de Marie-Elsa Sgualdo qui interroge la condition féminine en 1943
- Réaction de la créatrice de contenu suisse romande Isaline Ackermann
- Réaction de la créatrice de contenu suisse romande Nidonite