Écrivaine
1862 – 1924 📍 Sion

Qui est-elle?

Née à Sion en 1862, Marie de Riedmatten grandit dans une famille de la bourgeoisie sédunoise. Aînée d’une fratrie nombreuse, elle perd son père, Philomen de Riedmatten, en 1879, alors qu’elle est encore adolescente. Sa mère, Madeleine de Kalbermatten, élève alors seule ses enfants.

À l’exception de deux années passées au pensionnat du Sacré-Cœur à Lyon, Marie mène l’essentiel de son existence à Sion. Elle restera célibataire et partagera son temps entre sa famille, ses relations sociales, la religion, les bonnes œuvres, la lecture, le dessin, la peinture et quelques essais littéraires.

Mais c’est surtout par son Journal intime, tenu entre 1882 et 1896, qu’elle laisse une trace remarquable dans l’histoire valaisanne, car il est le seul à ce jour connu écrit par une femme à la fin de ce siècle*

Quatorze années racontées par une jeune Valaisanne

Marie commence son journal à vingt ans, à son retour de Lyon. Elle souhaite d’abord en faire un outil d’introspection : mettre par écrit ses pensées, ses sentiments et ses résolutions afin de mieux se connaître.

Au fil des années, les huit cahiers qui composent son journal deviennent bien davantage. Marie y raconte ses joies, ses peines, ses amitiés, sa solitude, sa foi, ses voyages, les événements qui agitent Sion, mais aussi les petits détails du quotidien.

À travers son regard se dessine ainsi tout un monde : celui de Sion et du Valais de la fin du XIXe siècle.

Son témoignage est d’autant plus précieux que les femmes de son époque ont laissé beaucoup moins de traces écrites que les hommes. Marie nous permet de découvrir l’histoire valaisanne non pas à travers les grandes décisions politiques ou les personnages officiels, mais depuis l’intérieur d’une maison, d’une famille et de la vie d’une jeune femme.

Un document précieux pour l’histoire des Valaisannes

Marie de Riedmatten meurt à Sion en 1924, à l’âge de 62 ans.

Plus d’un demi-siècle après sa mort, ses écrits sortent de la sphère privée. En 1975, son Journal intime (1882-1896) est publié intégralement dans la collection Bibliotheca Vallesiana, dans une édition établie, annotée et présentée par l’historien André Donnet, sous les auspices de la Bourgeoisie de Sion.

Ses huit cahiers constituent aujourd’hui un témoignage exceptionnel sur près de quinze années de vie valaisanne.

À travers Marie, ce sont aussi les expériences de nombreuses femmes dont les vies ont rarement été consignées dans les archives qui deviennent visibles : leur éducation, leurs occupations, leurs relations familiales, leurs aspirations et les limites auxquelles elles étaient confrontées.

« Pauvres dames ! »

Son journal révèle également les limites imposées aux femmes de son milieu.

Marie est curieuse et manifeste un véritable désir de s’instruire. Pourtant, contrairement aux garçons, les jeunes femmes disposent de possibilités de formation extrêmement réduites.

Cette inégalité la révolte parfois. Le 14 mars 1893, elle déplore ainsi le sort réservé aux jeunes filles, auxquelles on demande ensuite de pouvoir converser avec des hommes ayant, eux, bénéficié du collège et des voyages pour compléter leur éducation.

Son journal nous montre ainsi une femme profondément ancrée dans les valeurs religieuses et conservatrices de son époque, mais parfaitement capable d’en percevoir certaines contradictions lorsqu’elles touchent à la condition féminine.

Extrait de son journal

Mardi, 14 mars 1893

Augustin a écrit hier à tante Henriette une longue lettre qui n’est qu’une dissertation sur la manière de vivre à Sion : pourquoi les jeunes gens vont au café ? c’est qu’ils n’ont pas d’autres distractions et qu’après le travail il en faut ; que, ailleurs, il y a le théâtre, les musées, les cours, des distractions intellectuelles et des réunions où l’on parle littérature ; tandis qu’ici, on ne peut se réunir sans offrir à manger ou à boire, et que les dames ne parlent que de toilettes ou du prochain, etc.
Pauvres dames ! on les prive de tous moyens de s’instruire, parce que cela coûte et leur fait perdre le temps consacré au travail des mains, au raccommodage, et puis on les voudrait capables de discuter avec les hommes qui ont la faveur de pouvoir aller au
collège et puis de voyager pour terminer leur éducation. Elles aussi ont besoin de distractions, et pas d’argent pour les prendre au café ; elles ne dépensent pas cinq centimes par jour pour elles, et les hommes qui fument encore des cigares ? Les femmes gagneraient assez si on leur en donnait les moyens.
Fanny de Lavallaz a été très mal, hier, à trois heures du matin, et plus tard a eu de forts saignements de nez.

Ressources

– Son journal intime disponible en ligne sur la bibliothèque numérique Rero Valais

Sources

– Chantal Ammann, Véronique Borgeat-Pignat, Marie-France Vouilloz Burnier, Femmes anonymes dans l’histoire du Vieux Pays, Passé simple, mai 2025)

Page actualisée pour la dernière fois le 17 août 2026