Le 6 mars 2026, une soirée consacrée à la mémoire(s) de femmes valaisannes s’est tenue à Collombey-Muraz, organisée par la RTS, le Cil Senior Collombey-Muraz et le CIL Jeunesse Collombey-Muraz. L’événement proposait une plongée dans les archives audiovisuelles de la télévision publique pour interroger la manière dont les femmes ont été représentées, ou parfois oubliées, dans l’histoire médiatique du canton.
Plusieurs intervenantes étaient présentes pour accompagner cette exploration des archives : la journalise Noémie Guignard qui a animé la soirée, l’historienne et co-directrice du Dictionnaire des femmes, Raphaëlle Ruppen Coutaz, Valérie Clerc l’éditorialiste digitale de plateforme NotreHistoire.ch, Katy Solioz-François, cheffe d’office de l’Office cantonal de l’égalité et de la famille.

Quand les archives révèlent l’invisibilité des femmes
Pour l’occasion, l’équipe de la RTS avait sélectionné une dizaine de capsules vidéo parmi plus de 34’000 entrées contenant le mot “femmes” dans les archives de la chaîne.
Ces extraits ont permis de parcourir plusieurs décennies d’images et de témoignages. Ils ont aussi mis en lumière une réalité frappante : dans de nombreux reportages anciens, les femmes apparaissent peu comme sujets principaux. Elles sont rarement interrogées sur leur vécu ou leur point de vue.
Une capsule consacrée à la commune de Collombey-Muraz, qui accueillait la soirée, en est un exemple révélateur. Les images d’archives évoquent surtout la raffinerie du Rhône et l’activité industrielle locale. Les femmes n’y apparaissent qu’en arrière-plan, et lorsqu’une voix féminine se fait entendre, il s’agit souvent de journalistes plutôt que d’habitantes interrogées.
Croiser les générations pour raconter les métiers féminins
Les capsules présentées mêlaient archives plus anciennes et témoignages récents afin de créer un dialogue entre les époques.
Un exemple marquant concerne l’histoire des sages-femmes en Valais. Un reportage retrace l’évolution de cette profession à travers quatre générations dont 3 d’une même famille.
On y découvre notamment la pratique d’Adeline Favre, sage-femme emblématique du canton, qui exerçait exclusivement à domicile. À l’époque, les accouchements se déroulaient presque toujours dans les maisons.
La génération suivante, celle de Marie-Noëlle Bovier nièce d’Adeline, a connu la transition vers l’hôpital. Pour certaines sages-femmes, l’accouchement à domicile est progressivement devenu une exception.
Aujourd’hui, la pratique se transforme à nouveau. Fabienne Clerc, sage-femme indépendante, a fondé à Collombey-Muraz la maison de naissance Les Lucines, proposant une alternative entre domicile et hôpital.
Le sport féminin face aux stéréotypes
La soirée a également donné la parole à des témoins intergénérationnels présents dans la salle comme celle de Marianne Gavillet, ancienne juge de commune.
Parmi eux, Adela Aliji, joueuse de 13 ans du FC Sion féminin M14. Elle a partagé son expérience du football à un âge où les clichés persistent encore : celui d’un sport longtemps perçu comme réservé aux garçons.
Son témoignage illustre une évolution plus large : la présence croissante des filles dans des disciplines sportives historiquement masculines.
La mémoire des luttes pour l’égalité
Certaines archives rappelaient aussi les mobilisations féministes qui ont marqué l’histoire récente de la Suisse.
Une capsule présentait notamment les réactions d’habitants du village d’Isérables face à la préparation de la Grève des femmes du 14 juin 1991, moment clé dans la lutte pour l’égalité salariale et les droits des femmes.
Ces images témoignent de débats qui traversaient alors la société suisse et qui résonnent encore aujourd’hui au vu des réactions face aux grèves des femmes encore organisées.

Image de la capsule sur l’interview des ressentis de la population d’Isérables à propos de la future Grèves des femmes du 14 juin 1991.
Dans le monde du travail
Dans le début des années 1960 en Valais de plus en plus de jeunes femmes vivant en montagnes descendent en ville, notamment à Sion dans un foyer pour jeunes filles afin de leur permettre de suivre des apprentissages et rentrer dans le monde du travail salarié.
On retrouve aussi une capsule sur une femme agricultrice n’ayant aucune envie de se marier, encore moins avec un agriculteur et d’avoir des enfants. Elle montre ainsi une réalité; être femme d’agriculteur ou agricultrice soi-même ce n’est pas du tout la même chose: pas de salaire, une charge mentale, administrative, familiale hors normes, peu de libertés, une vie de travail en étant dépendante de son mari. Elle a fait le choix de travailler en étant libre de décider de tout dans son exploitation.
Faire exister la mémoire des femmes
En réunissant archives audiovisuelles, analyses historiques et témoignages contemporains, la soirée proposait une réflexion plus large : comment les femmes entrent-elles dans la mémoire collective ?
Car l’histoire ne se construit pas seulement à travers les événements marquants, mais aussi à travers les images que l’on conserve et celles que l’on ne filme pas.
Explorer les archives permet alors de mettre en lumière ce qui est resté longtemps invisible.
Notes personnelles de la rédactrice
J’aime observer et noter la présence ou non d’hommes et de jeunes générations dans les évènements liés aux femmes, culturels et historiques. Et j’apprécie la présence non négligeable d’hommes à tous les évènements de ce type auxquels j’ai assisté ces derniers mois en Valais. Pour autant il n’y a jamais énormément de « jeunes », j’entends par là des personnes de moins de 35 ans (dont je fais parti). Je pense que cela démontre l’importance de développer des idées et contenus qui puissent parler à cette partie de la population qui est tout simplement l’avenir et la gardienne de tout ce qui est mis en place aujourd’hui pour la mémoire collective et les connaissances.
Presse
- Canal9, Une historienne valaisanne au cœur d’un réseau national sur l’histoire de l’égalité entre les genres, 6 mars 2026